Rencontre avec Anne-France Dautheville, la motarde la plus connue de France



Si vous n’avez jamais entendu parler d’elle mesdames, alors laissez-moi vous introduire la première femme connue à ce jour à avoir fait un tour du monde seule à moto.

Elle ne s’est pas arrêté à un seul voyage puisqu’elle a à son actif de nombreuses destinations qu’elle nous a fait vivre dans de nombreux ouvrages (une vingtaine) que vous pourrez retrouver dans les magasins dédiés à cet effet ou encore sur internet comme « Une demoiselle sur une moto » qui fut son premier, « Et j'ai suivi le vent », mon coup de cœur m’ayant donné l’envie de faire mon propre voyage également ou encore « La vieille qui conduisait des motos », parmi ses derniers et m’ayant beaucoup amusé ! Je vous invite et vous encourage à les lire si ce n’est pas encore fait car c’est inspirant. Pour finir, elle a aussi été rédactrice dans de nombreux journaux moto que vous connaissez certainement et a même inspiré le designer de la maison de couture CHLOE pour une de ses collections en 2016. Rien que ça … maintenant que j’ai posé les bases, je suis presque certaine que vous mourrez d’envie de découvrir les lignes qui vont suivre.


La rencontre

C’est en octobre dernier que j’ai eu la chance et le privilège de la rencontrer chez elle en tête à tête (ou presque si l’on doit compter la compagnie de ses 2 chats qu’elle adore !).

Je l’avais déjà croisé sur plusieurs événements car Anne-France est encore très active et ne manque pas d’énergie quand il s’agit d’aller raconter ses histoires mais cette fois-ci, c’est uniquement entre elle et moi que cela se passe. Pour la petite anecdote, en voyant sa chatte « Nina » je lui demande si elle a toujours eu des animaux… Elle me répondra « et un mec de temps en temps ». Autant vous dire que je n’ai pas vu passer les 2h du déjeuner avec cette femme incroyable.





« J’ai une vie de luxe avec peu d’argent » Anne-France Dautheville lors de notre entrevue


C’est à 24 ans, en 1968 que cette wonder woman prend ses premières sensations en bécane. C’est « à cause » (mais nous dirons « grâce » en écoutons son parcours) des grèves de la CGT à l’époque qu’elle décide d’acheter son premier 50cm3 afin d’avoir un moyen de transport simple, rapide et pas cher ! « Au moins, ils ne m’auront pas eu 2 fois ces salauds ! ». C’est plus tard, à 42 ans, qu’elle obtient son permis voiture car vous comprenez, « trimbaler une bouteille de gaz sur une moto, c’est pénible ». C’est pour vous dire à quel point elle a pu vadrouiller l’asphalte et la terre à l’époque avec ses différents engins !


Afin de bien comprendre qui elle est, je vais d’abord vous raconter ses plus grandes épopées. Elle participe à son premier grand départ le 31 juillet 1972 pour le « Raid Orion », la première compétition moto se déroulant entre Paris (depuis les Champs-Élysées) et Ispahan en Iran. Mais ce ne fut pas chose aisée que d’être inscrite car au début, seule à postuler parmi tous ces bonhommes, elle ne fut pas retenue. C’est en croisant par hasard l’organisateur plusieurs jours après que sa candidature fut acceptée.

Anne France me raconte ce drôle de périple au guidon d’une Guzzi V7. Plutôt solitaire, elle trouvera néanmoins une chouette équipe d’une dizaine de motards avec qui elle filera la plupart du temps en Afghanistan et un peu moins au Pakistan.

Heureusement d’ailleurs car elle me raconte cette fois ou elle est restée coincé dans le sable et qu’elle n’arrivait plus à avancer à cause de la météo et du sol impraticable par la suite.

Après 4 mois de voyage, la voici de retour en France. Elle ne compte pas s’arrêter ayant pris le virus du voyage et repart donc en 1973 pour un tour du monde cette-fois ci. Elle change de monture pour une Kawasaki 100cm3 qui verra donc les paysages du Canada, de l’Alaska, du Japon, de l’Inde mais encore bien d’autres merveilleux pays comme le Pakistan, l'Afghanistan, l'Iran, la Turquie, la Bulgarie, la Yougoslavie, l'Autriche, l'Allemagne pour revenir en France après de longs mois de découverte.


Comme le tour du monde ne comprenait pas le pays des kangourous, elle reprend la route en 1975 pour un tour complet de l’Australie, et cela sur une plus grosse cylindrée qu’habituellement : une BMW 750 cm3 puis en 1978 une BMW 800 cm3 pour un voyage entre Cairn et Darwin visant le tournage « Follow That Girl ».





Afin de clôturer la série aventure hors de notre contrée (la France si vous n’aviez pas compris), A-F remonte une nouvelle fois en selle pour un long trip en destination de l’Amérique Latine. Pour faire un petit aparté, je suis une amoureuse de ce continent. J’ai lu avec attention son livre sur toute cette étape de sa vie « La Piste de l’Or » et j’avais donc hâte de l’entendre me raconter ses histoires s’étant passées sur sa Honda 250 (comme quoi, on en fait des choses en « petite cylindrée »).


Elle me raconte quelques histoires drôles de ses voyages comme cette fois ou elle passera son dimanche avec des indiens qui comme chaque semaine avaient pris leur cuite et tangué de droite à gauche jusqu’à tomber par terre … Pour finir par insulter en espagnol « cette putain de route que ne va jamais comme on veut » car ce n’était pas eux le problème mais bien la route qui bougeait !


La moto, le voyage, la méditation

Anne-France le dit et l’affirme : elle préfère voyager seule. C’est pour elle une philosophie, une méditation. C’est une solitaire de nature comme elle l’annonce si bien lors de notre entrevue.


« Voyager seule ou voyager avec quelqu’un, ce n’est pas du tout le même univers. Quand vous partez avec un compagnon de route, cette personne prend alors une partie de votre attention. Cette attention la n’est alors pas disponible pour le monde que vous découvrez et vous n’êtes plus en immersion réelle. Le couple est en immersion mais pas la personne. »


Je lui ai demandé comment elle s’était sentie lors de ses voyages concernant la peur du vol de la moto ou encore de l’insécurité, mais aucune réponse négative ne vint de sa part…

« Les gens sont plutôt bienveillants dans les autres pays à l’étranger … Je me souviens d’une fois en Inde ou j’ai demandé aux habitants de me surveiller ma moto le temps d’aller voir le temple d’or et quand je suis revenue, ils étaient une douzaine autour de tout âge, et ils étaient très heureux de me voir arriver car c’était en fait un honneur pour eux d’avoir tenu ce rôle pour moi de gardiens. Cependant, comme dans tout pays, il y a des règles ! Il faut faire attention la nuit et ne pas laisser sa moto trainer n’importe où et encore moins avec les bagages dessus. Beaucoup de pays sont merveilleux le jour mais très dangereux la nuit. Véritablement, la seule fois où j’ai été attaqué, c’était en France. »





Il y a maintenant 10 ans, malheureusement, Anne-France a eu un accident frontal avec une voiture. C’est avec une très bonne étoile au-dessus de sa tête qu’elle s’en sort mais décidera d’arrêter définitivement. J’ai forcément pensé que la moto devait lui manquer après plus des ¾ de celle-ci passé derrière un guidon… mais encore une fois la pensée positive à voir le verre toujours à moitié plein donnerait de belles leçons de vie à la majeure partie d’entre-nous. « Non, si je regarde ce que je n’ai pas je saute par la fenêtre, si je regarde ce que j’ai, je suis très contente ».

A chacun de ses retours, elle était en colère de voir à quel point nous avons tout mais que nous râlons encore. Elle a donc appris de ses voyages pour se contenter de ce que la vie lui offre.


J’ai posé une dernière question à mon hôte du jour dont la réponse m’a beaucoup faite sourire … « Si vous aviez un conseil à donner à des filles qui aimeraient se lancer et partir seule au guidon de leur compagnon à deux roues ? »… « A-F : Partir avec une moto dont elles sont dans la capacité de la relever, partir avec le manuel mécanique de l’usine au cas ou… puis se méfier de l’alcool, de ne pas se faire droguer et du sexe. ».